20 rencontres pour grandir

Une rencontre pour grandir : Géraldine.

Cette histoire, comme toutes les autres du défi #20rencontrespourgrandir, est réelle. Je l’ai écrite à partir d’un témoignage sans ajouter ni ôter aucune information. Les prénoms, les lieux et les détails qui permettraient d’identifier les personnes sont les seuls éléments que j’ai éventuellement modifié. Ceci dans le but de préserver leur vie privée. Mon but étant de vous les faire rencontrer des personnes par l’intermédiaire de leur histoire avec les langues, ces détails n’ont aucune importance dans leur message.

 Si vous avez raté la première histoire et la rencontre avec Sophie,  c’est par ici ! 

 

Aujourd’hui, je vais vous raconter l’histoire de Géraldine. Vous allez voir que son histoire, unique parce qu’elle est la sienne, nous montre particulièrement comment les langues peuvent nous faire voyager, rencontrer et aimer !

Géraldine a 25 ans, habite dans l’ouest de la France et travaille comme assistante commerciale.  Son histoire avec les langues commence dans sa famille. Alors qu’elle grandit en France, dans un environnement franco-irlandais, elle va développer très jeune une sensibilité particulière aux sons différents.

Cela fait rêver. Pouvoir créer son langage d’enfant autour de deux langues, pouvoir les apprendre sans vraiment s’en rendre compte, les maîtriser sans avoir à réfléchir ou se prendre la tête avec des règles de grammaire. En plus avec l’anglais, une des langues les plus indispensables sur  terre. Vous allez voir, ce n’est pourtant pas si simple.

Si vous lui demandez quelle est sa langue maternelle, elle aura du mal à vous répondre.

Elle vous dira que c’est l’anglais parce que c’est la langue de sa mère et que c’est dans cette langue qu’elle a dit son premier mot. Mais elle vous dira aussi que le français est sa langue paternelle, que c’est la langue dans laquelle elle baigne depuis toujours, celle dans laquelle elle a appris à lire et à écrire.  Sa réponse sera alors peut-être celle là :

« Quand j’étais petite, je pensais que ces deux langues n’étaient pas différentes, le concept même m’échappait »

 

Géraldine grandit, construit son identité autour du français et de l’anglais. Ainsi que de la culture et des manières de pensées qui y sont associées. Chez elle, elle entend surtout de l’anglais que ses parents parlent entre eux. Mais elle baigne au quotidien dans la culture française. Elle a donc appris à parler les 2 langues et parle français comme n’importe lequel de ses camarades d’école. A un détail près : sa prononciation des voyelles qui ne serait a priori pas française car influencée par les consonances anglaises. (En français les voyelles sont claires alors qu’en anglais, elles sont plus souples, diphtonguées, avec une différence moins nette entre elles). Si vous êtes musicien (ou anglophone !), cela doit vous parler ☺.

 

 

 

Jusqu’au collège, cela ne lui pose pour autant aucun problème. Elle apprivoise chacune des langues pour ce qu’elles lui apportent et les exploitent d’une manière différente pour que chacune comble sa part d’identité qui lui est réservée. Elle pratique l’anglais surtout grâce à la musique et le français grâce aux livres.

En 6ème, elle doit pourtant apprendre une langue étrangère comme tous les autres élèves de France. Elle choisit alors l’allemand, langue qu’elle aime tout de suite grâce aux personnes engagées et passionnées qu’elle croise au début de son apprentissage. Elle participera notamment à un échange et sa correspondante deviendra une de ses meilleures amies. Encore une histoire de rencontres finalement ;). Elle trouve cette langue amusante et ses connaissances en anglais l’aidant, elle n’a pas vraiment l’impression de devoir travailler.

 

«  C’est la qualité des personnes que j’ai rencontrées qui m’a poussé à développer mon niveau en allemand, pour pouvoir mieux profiter de nos échanges! » 

 

Vous allez me dire, mais où est le problème? Elle parle anglais depuis la naissance, apprend l’allemand sans difficultés. Le rêve de beaucoup d’enfants et de parents après tout. Sauf que Géraldine s’est retrouvée confronté au système français qui rend l’apprentissage de l’anglais obligatoire. Évidemment, c’est bien!  L’anglais est une nécessité, il est très compliqué de pouvoir s’en passer. Pourtant, Géraldine aurait préféré apprendre une nouvelle langue plutôt que celle qu’elle maîtrisait déjà et qu’elle a du quand même choisir comme deuxième langue étrangère en quatrième.

Imaginez que pour elle, c’était comme si nous en tant que francophones, nous nous retrouvions à l’étranger dans des cours de français pour débutants. Ce n’est jamais complètement inutile car nous avons toujours beaucoup à apprendre, même sur notre propre langue. Surtout que Géraldine à l’époque, n’écrivait pas en anglais.

Mais pour elle, à cet instant T, cela a été difficile. Peut être  parce qu’elle a expérimenté qu’elle n’était pas tout à fait comme les autres et que quand on est ado c’est dur à admettre. Ou simplement parce que son cerveau qui connaissait déjà la langue anglaise ne voyait pas l’intérêt d’y passer du temps alors qu’il aurait pu l’utiliser à apprendre quelque chose de nouveau.

 

” Le système est ainsi fait que l’anglais est obligatoire, quelle frustration !  (…), mes malheureux profs devaient faire avec un élément perturbateur au milieu…” 

 

Cette période a constitué un blocage qui a duré plusieurs années, jusqu’à son bac. Elle ressentait à la fois de la frustration de ne pas avoir eu la possibilité d’apprendre une langue, de la culpabilité d’être différente, d’embêter ses profs et ses camarades car elle savait déjà tout… Et aussi un peu de colère face au système scolaire qui n’avait pas essayé de comprendre son histoire et de s’adapter à ses besoins. Ce n’était pas égoïste, ce besoin d’adaptation… Elle le souhaitait et le défend encore aujourd’hui pour tous les élèves qui ont des besoins, des envies particuliers(ères). Parce qu’on est tous différents face à l’apprentissage. Et que c’est ce qui en fait justement sa richesse.

 

 

Alors, à votre avis, comment Géraldine s’est affranchie de ce blocage?

Grâce aux langues bien sûr! Grâce à tout ce qu’elles peuvent apporter quand on les apprend.

Alors elle a foncé. Comme elle avait l’impression  d’avoir perdu du temps à apprendre quelque chose qu’elle connaissait déjà, elle a décidé qu’elle ne perdrait plus un instant, ne raterait plus une seule occasion d’apprendre une nouvelle langue. Elle a trouvé sa solution pour avancer : Se servir de cette frustration, de cette colère pour apprendre ce qu’elle voulait et y mettre toute son énergie. 

Après un bac L, elle opte pour des études de littérature qui lui donneront la possibilité d’étudier plusieurs semestres en Allemagne. C’est là qu’elle a appris ses premiers mots d’italien, encouragée par ses amis qui parlaient beaucoup cette langue. Quand elle est rentrée en France, elle a suivi des cours en tant qu’auditrice libre, qui lui permettent aujourd’hui de comprendre la structure de la langue et de pouvoir échanger quelques phrases.

 

«  C’est grâce à cette expérience que j’ai compris la richesse des langues et des cultures, ce qui signifiait avoir une culture binationale. » 

 

C’est également lors de son séjour en Allemagne qu’elle a pu prendre des cours d’anglais adaptée a ses connaissances, qui lui ont permis de découvrir la richesse de sa langue maternelle, bien au delà du continent européen. Peut être que l’enseignement était moins normatif. C’est ce qu’elle dit pour expliquer que cela lui a donné envie, en rentrant en France de suivre une licence d’anglais pour être plus performante à l’écrit. Peut être aussi qu’en ayant fait son propre chemin, vécu ailleurs, appris de nouvelles choses, elle a eu envie de se rapprocher de cette part de son identité.

 

 

Et l’espagnol? C’est cette langue qu’elle aurait voulu apprendre au lycée. Elle a saisi alors n’importe quelle occasion, que ce soit dans les chansons ou dans le métro, pour entendre et en profiter un peu. Et c’est en décidant de partir plusieurs mois au Mexique à la fin de ses études, qu’elle a pu réaliser son souhait. En prenant des cours sur place et les mettant en pratique, chaque jour.

 

 

Et maintenant?

Elle dit qu’elle apprend toujours un peu de tout. Elle aime engager une discussion avec quelqu’un qui revient d’un pays étranger, demander de nouveaux mots de vocabulaire ou écouter des chansons d’un autre continent pour en deviner le sens. Aujourd’hui, elle aimerait apprendre un peu le portugais et la langue des signes française. Car c’est pour elle impensable de ne pas pouvoir communiquer avec une partie de nos concitoyens. Elle apprend donc en fonction de ses envies, fantaisies ou voyages du moment. Par exemple l’alphabet grec pour ses vacances d’été. Ou sa collection du mot « tortue » dans toutes les langues. Et ça vaut vraiment le coup, demandez nous en commentaires si vous voulez la connaître 😉 

Alors bien sûr ses connaissances en anglais restent toujours un avantage.  Mais pour moi, c’est  ce qu’elle en a fait qui donne toute la valeur à cet avantage. Elle aurait pu s’en contenter, profiter de son bilinguisme et c’est tout. Laisser le couler le temps en se disant qu’elle n’avait besoin de rien d’autre.

Elle a choisi un autre chemin. Car aujourd’hui, les différentes langues qu’elle connaît lui permettent de faire preuve d’empathie, de se mettre dans la peau de l’autre, de devoir s’adapter. Elles lui ont permis et continue de lui faire comprendre qui elle est. Car finalement l’individu dans un cadre social différent n’est rien, sans ses implications sociales.

Les langues, c’est son filtre. Son filtre pour mieux se comprendre et chercher à comprendre ceux qu’elles croisent. C’est aussi une part de jeu et de mystère. Et des rencontres, beaucoup de rencontres. 

 

« Les langues, c’est aussi une sorte de chasse au trésor permanente, avec toujours une nouvelle énigme à résoudre ou un nouveau personnage à rencontrer, avec qui on a la mission d’apprendre sa langue pour mieux lui parler »

 

Aujourd’hui, l’allemand lui permet d’être mieux rémunérée. L’italien l’aide à développer ses connaissances musicales, l’espagnol est un atout sur son CV. Et le français lui a permis de trouver des jobs à l’étranger.

Alors oui, être bilingue à la naissance c’est une chance. On ne peut pas faire comme si ce n’était pas le cas. Mais pour moi la véritable chance, c’est ce qu’on en fait. On peut avoir beaucoup d’argent et ne pas savoir comment l’utiliser et au contraire avoir très peu d’économies et les faire fructifier de manière abondante. On peut avoir de nombreuses relations sans avoir de liens vrais ou au contraire avoir seulement quelques proches mais savoir qu’ils seront toujours là.

Pour Géraldine, cette chance d’être bilingue, c’est ce qui lui a permis d’être elle-même, d’exploiter toutes les facettes de sa personnalité. Elle en a fait une force. Pour apprendre de nouvelles choses, pour rencontrer, pour grandir. Tout ne s’est pas fait tout seul. Car même dans notre langue maternelle, tout n’est pas toujours rose. Et même quand on fait ce qu’on aime, on doit se battre pour arriver là où on veut aller et atteindre nos objectifs. On a tous en nous et autour de nous une chance, une facilité. Ce qui nous permet d’être nous et que ce soit réussi! 

Et si pour finir on disait que la chance se trouve là où on décide d’y placer son cœur?

 

 

Cette histoire vous a plu? Dites le moi en commentaires! Et pour découvrir une autre histoire, c’est ici avec Sophie 🙂 

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Un commentaire

  • Marion

    Evidemment qu’on la veut cette liste des tortues internationales! Bon je l’ai souvent entendue, c’est vrai, mais j’ai tout oublié 😉😁

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