20 rencontres pour grandir,  Allemand

Zweierpasch : Rencontre avec Till, chanteur de rap de franco-allemand.

J’ai entendu parler du groupe Zweierpasch, un groupe de rap franco-allemand la première fois en lisant la BD d’Aurelie Guetz ” Kazh devient bilingue”. Si vous ne savez pas du tout de quoi je parle, cliquez ici pour comprendre.

Quand j’ai ensuite rencontré Till, un des chanteurs du groupe et qu’il m’a un peu plus parlé de leur groupe et de leurs projets, je me suis dit que c’était dingue.

  • Dingue  de rencontrer des jeunes rappeurs qui chantent en français et en allemand.
  • Dingue que leurs chansons parlent d’interculturalité et de l’importance de dépasser les frontières.
  • Encore plus dingue qu’ils soient engagés dans des projets éducatifs pour défendre l’apprentissage des langues et le nécessité de casser les murs qui nous entourent. Et que tout cela parte de la région où l’amitié franco-allemande est la plus présente pour ensuite être écouté et diffusé dans de nombreux pays du monde.

Oui, dingue c’est le mot qui me vient à l’esprit tellement je trouve ça génial et inattendu.  Je vous laisse découvrir cela par vous même à travers ma rencontre avec Till.

Une dernière chose avant : Pas besoin d’aimer le rap ou de parler allemand pour apprécier cette conversation. Seulement peut être la curiosité de voir au delà de nos propres frontières et de réfléchir à ce que nous pouvons faire pour changer au moins un tout tout tout petit peu le monde. Et sauver la planète. Parce que oui, Till et Felix parlent aussi d’écologie avec leur musique. Je vous avais dit que c’était dingue.

Allez, c’est parti. Los!

Anne Lise : Salut Till ! Alors pour les lecteurs qui vont te découvrir avec cette interview, est ce que tu peux te présenter, nous parler un peu de ton groupe. 

J’ai vu d’ailleurs que “Zweierpasch”, le nom du groupe, ça voulait dire “ Double je “, c’est super intéressant ! 

Till : C’est ça oui, ça veut dire double deux. Ça reflète aussi l’idée qu’on est jumeaux. En fait, avant on avait un autre nom un peu bizarre et après on a cherché un nom qui reflétait vraiment ce qu’on faisait et on est tombé sur “ Zweierpasch”. On savait directement que c’était ce qu’on cherchait On avait déjà le slogan “ Zwei Stimmen, zwei Sprachen” ( = deux voix, deux langues). Et comme on est pas très forts en maths, deux fois 1 pour nous ça fait 1 !

C’est un signe d’unité en fait, on mettait les choses ensemble pour en faire un :  Les langues, les histoires, les cultures..

Je suis Till au fait, l’un des deux fondateurs du groupe “Zweierpasch” avec mon frère Félix, on l’a fondé en 2012. C’est un ensemble de 10 musiciens et un entourage d’une quinzaine de personnes qui sont dans le projet sur différentes parties.

Il y 2 parties clés : Les concerts et la pédagogie.

On est beaucoup aussi dans l’éducation. On est tombé par hasard sur l’approche  de travailler sur les langues et les thèmes politiques et de société à travers la musique. Pour nous concrètement, à travers le rap. On est très centré sur les paroles du texte car apprendre une langue, c’est aussi travailler avec les textes.

Anne-Lise : C’est super ! Et, comment ça s’est passé, est ce que vous vouliez faire de la musique depuis longtemps  et ensuite vous vous êtes spécialisé ou dès le début, vous vous êtes dits que vous alliez faire quelque chose en français et en allemand ?

Till : C’est plutôt le premier que tu viens de dire. On a écouté beaucoup de rap quand on était jeunes avec nos potes. Beaucoup de rap allemand mais aussi déjà du rap français des années 90, on a écouté noms de groupe— NTM…. des artistes qui nous ont inspirés ! On a commencé à rapper en allemand, on voulait juste faire ce que nos idoles faisaient ! On a fait un pas après l’autre.

Après le bac, Felix et moi on est partis en France parce qu’on a bien aimé le français à l’école et qu’on a voulu être sur le terrain. On était à Lons le Saunier pour travailler avec des handicapés, c’était un stage dans le Jura.

Et donc a joué notre premier concert en France, dans le pub irlandais de Lons, on a rencontré des musiciens et on a décidé de faire un concert ensemble. C’était en 2007, c’était l’année où le pape allemand à été élu !

Anne- Lise : C’est vraiment trop drôle, le monde est trop petit! ( Lons est ma ville natale, meine Heimatstadt en allemand)

Till : A l’époque, on avait pas encore le niveau pour rapper en français, en tout cas pas pour en faire un tout un concert. On avait donc à l’époque un rappeur franco-allemand, c’était un pote à nous, qui avait fait des textes en français parce qu’on voulait déjà faire une musique bilingue. Ça venait comme ça en fait ! On aimait bien le français donc on voulait bien mélanger les deux ! Victor s’occupait des textes français, Félix et moi de l’allemand. Quelques années plus tard, il est parti à Bonn pour le boulot et on s’est dit “ On ne peut pas laisser tomber, donc on essaie nous même ! ”

Anne-Lise : D’accord ! Et c’est comme ça que ça a commencé ! 

Till : Oui, ça a marché. Le premier morceau qu’on a écrit vraiment à  50-50, c’était Grenzgänger. 

Anne- Lise : Il est chouette ! 

Till : Oui c’est toujours d’actualité, ça nous a porté assez loin! A l’époque, j’étais en master à Fribourg et Strabourg, la première année on avait un séminaire sur les différences dans l’administration dans les deux territoires : Alsace et Baden-Würtenberg et on parlait justement des Grenzgänger. Et moi, j’étais dans le cours et j’ai tout de suite écrit un refrain en 2 min. Après j’en ai parlé avec Félix et voilà…

Anne- Lise : Ca t’est venu comme ça ducoup !

Till : Oui ! Le terme de Grenzgänger en soi, c’est quelqu’un qui travaille dans un pays et habite dans l’autre, c’est un frontalier.

Après, on a fait la formation pour être animateur des rencontres interculturelles franco-allemandes. C’est un peu comme l’OFAJ.

On pouvait encadrer des colos de vacances franco-allemandes, chacun devait faire un atelier sur quelque chose qu’il savait bien faire : Félix et moi on a fait du rap, juste comme ça, sans trop réfléchir …. et ça a trop bien marché ! On a tout de suite senti qu’il y avait quelque chose, du potentiel..

On avait pas de process, on a juste rappé, les jeunes ont kiffé et nous aussi ! Après on a fait, les premiers ateliers au centre culturel français ici à Friburg et ça a fait le tour, on a jamais fait de promotion pour ça, c’était le bouche à oreille. Des personnes nous ont invités. Ca passait bien des jumeaux qui font de la musique dans 2 langues ! Et depuis on a pas arrêté, on est presque toutes les semaines quelque part ! Demain, on est à Staufen pour rapper avec un groupe de théatre.  Voilà on est musiciens mais avec un regard un peu …

Anne- Lise : …. particulier !

Till : Oui!  On va dans les écoles, on est pas profs mais on est là pour faire passer des messages dans les salles de cours et dans les salles de concert aussi. Ça marche dans les deux et ça va bien ensemble ! Nos parents sont profs, à l’époque on a dit : Non, on veut faire quelque chose d’autre que vous, maintenant on fait la même chose !

Anne-Lise : Mais différemment quand même ! 

Till : Oui différemment, on ne connait pas un deuxième groupe qui propose ce genre d’ateliers, en deux langues, avec cette approche interculturelle, politique etc…

Anne-Lise : Oui c’est sur. 

Till : Il y’en a mais pas beaucoup, c’est sur. Voilà, ça nous a fait voyager très très loin déjà !

Anne-Lise : Oui j’ai vu que vous étiez allé en Afrique, Asie ! 

Till : Oui on a fait beaucoup de voyages !  C’est toujours un mix entre concerts et travail ppédagogique, main dans la main. C’est ce qu’on aime bien faire et c’est le luxe de pouvoir faire ça professionnellement. On a quand même encore nos deux autres boulots, un peu plus solides, raisonnables. Je suis journaliste donc c’est super intéressant, Félix travaille avec des migrants, il fait des projets d’éducation. Donc on a l’écriture et l’interculturalité dans nos deux boulots. Ça va bien ensemble !

A

Anne- Lise : Oui, effectivement!

Et alors, si tu devais résumer le message que vous souhaitez faire passer, qu’est ce que tu dirais ? 

Till : Le terrain est assez large mais on essaie de dépasser les frontières ! On le fait beaucoup, on veut inciter les autres à le faire aussi !

C’est pas seulement faire un voyage en France, c’est aussi les barrières mentales ! L’ouverture d’esprit, c’est un message assez simple mais si tu regardes autour, souvent pas respecté.  On est des artistes engagés, on a le sentiment, l’idée qu’on a le devoir de changer le monde, un tout petit peu.

Anne- Lise : A votre échelle ! 

Till : Avec ce qu’on fait ! On y croit, je suis convaincu que la musique peut changer le monde sinon je ferais autre chose. C’est des petits pas mais c’est une grande partie importante de la société. Il y a des très très grands artistes qui sont sur le même chemin mais il y a aussi beaucoup d’artistes qui font autre chose. C’est notre conviction, ça nous pousse à aller plus loin. Souvent, ça va très bien et parfois ça va très mal !

Anne- Lise : C’est comme dans tout ! 

Till : C’est la vie d’artistes ! C’est pas toujours facile mais on va pas se plaindre, tout va bien! On a déjà pu faire beaucoup de choses! On a l’impression de pouvoir faire bouger quelques trucs dans les têtes..

Anne- Lise : Oui, c’est important de pouvoir apporter quelque chose ! Comment ça se passe quand vous écrivez des chansons aujourd’hui? Directement en allemand puis vous traduisez ou il n’y a pas de règles?

Till : Ca dépend, je commence souvent en allemand car c’est plus facile pour moi, je vois l’idée où je veux aller. Ensuite quand je vois plus clair, je me mets en français. Mais ça peut parfois varier.  Parfois j’ai une ligne en tête en français et je me dis : “Ah, ça peut donner quelque chose ! “

Il n’y a pas de règle d’or, je n’ai pas mon jour d’écriture de chanson non plus….J’ai écrit hier soir par exemple parce que j’avais du temps et que je me sentais capable de quelque chose, je ne sais pas quand je vais écrire pour la prochaine fois. Ce soir ou dans 15 jours ! Parfois ça donne quelque chose et parfois au bout de 5 heures et c’est poubelle ! Après, tu peux garder quelques rimes, mots…

Anne- Lise : Oui okay ! C’est seulement toi qui écrit ou ton frère aussi? 

Till : Pour les textes, c’est Félix et moi 50-50. J’écris un couplet, je lui envoie pour compléter etc… C’est vraiment nous deux, après on a un brouillon et on va en  salle de répétition avec les musiciens et on essaie de trouver la bonne musique , en général à 7 ou 8. C’est compliqué mais il y a beaucoup de potentiel pour faire quelque chose de beau.

Parfois ça met une semaine, parfois un mois pour voir le jour sur scène, ça dépend ! Parfois sur scène, on joue et on se dit que ce n’est pas ça qu’on veut avoir. Alors là tu retravailles, tu vas revoir… Chaque morceau est différent, il n’y a pas de formule magique… La formule magique pour nous, c’est beaucoup d’engagement, beaucoup de temps que tu mets dedans. On le croit pas souvent, mais c’est un travail comme tous les autres, ça prend du temps, il faut s’y mettre et essayer après tu fais quelque chose de beau ou pas ….

Anne- Lise : Oui complètement !

Till : Si tu es, je ne sais pas, artisan, tu construis une maison et bien pour avoir l’idée de la bonne maison, ce n’est pas possible tous les soirs non plus !

Ou un boulanger qui fait des bretzels c’est pareil! Moi je fais des workshops, c’est mes bretzels, parfois il y’ en a des meilleurs que d’autres!

Le travail qu’on sait faire, ça dépend de la créativité mais c’est aussi du travail!

Anne- lise : Oui ça dépend de la réflexion, du temps et il faut s’y mettre !

Till : Oui voilà ! Je fais 30h par semaine à la rédaction et 30 ou 40h pour la musique il y a des semaines ou c’est plus ou moins.

Anne- Lise : Oui j’imagine ! Pour ton boulot, comment ça se passe ? Quand tu es en tournée ? 

Till : C’est un mensuel en fait. Il y a  des semaines où je peux m’absenter d’autres où c’est pas possible. Mais ils me connaissent, je les connais alors on peut toujours trouver une solution.

Anne- Lise : Oui ça te permet de pouvoir prendre des engagements et d’aller à fond !

Till : Oui c’est ça ! Mais on fait rarement des tournées de 3 semaines en boucle. C’est plutôt un concert puis quelques jours de pause, un autre concert pour avoir la continuité…. Il y a déjà 7 enfants dans le groupe et bientôt Félix aura le lien et j’aurai le mien. Nos familles sont donc contentes de nous voir aussi !

Les gens pensent souvent que nous voyageons non-stop mais quand on va plus loin c’est une fois par semaine ou une fois toutes les deux semaines donc c’est compatible avec une vie de famille !

Anne- Lise : Oui bien sur et c’est cool ! Vous avez toujours vécu à Fribourg? Où est ce que vous avez grandi? 

Till : On a grandi dans le Nord du Baden-Wûrttenberg, , c’est un petit village, près de Heildelberg. Après le bac, on est partis pour le service civil à Fribourg pour moi et Félix à Munich. Ensuite, on était à Lons le Saunier puis ensuite on est retourné à Fribourg. On y est depuis 2005, et depuis 2007 on navigue entre Fribourg et Strasbourg. Felix habite à Kehl à 200 m de la passerelle du Rhin. Ici c’est chez nous ! 

Anne- Lise : Friburg et Strasbourg sont connues pour être des villes frontalières importantes pour le développement de l’amitié franco-allemande. Est ce qu’habiter ses villes à influencer votre message, vos choix? 

Till : Carrément ! On a la frontière toujours à côté, ça influence sur notre travail. Quand on a commencé avec Zweierpasch, on avait plutôt ce regard régional : dépasser les frontières dans la région frontalière. Après, on s’est fait invité en Mauritanie, Ukraine, au Kazakhstan et on s’est rendus compte que le message passe aussi là bas.

Anne- Lise : Oui c’est un modèle régional qui se transpose un peu partout !

Till : C’est ça, on a mis plus de variété de style dans la musique car  on voyage à travers le monde ! Avec notre nouvel album, on fait eine ” Weltreise” , un tour du monde en 55 minutes ! Donc on est toujours ancré dans la région car nos activités sont quand même ici mais on s’inspire de tous nos voyages.

On aime bien cette interculturalité et ça passe parfaitement avec le message qu’on transporte : C’est l’ouverture d’esprit et il faut arrêter de penser aux frontières  pour s’enfermer chez moi ….Il faut dépasser les murs et tout cela se reflète aussi dans le genre qu’on a créé.

" L’objectif visé consiste à ce que les jeunes des deux nations et de toutes conditions, c’est-à-dire pas seulement les écoliers ou les étudiants, mais aussi ceux qui travaillent déjà, apprennent à se connaître, à connaître la langue de l’autre, à partager leurs richesses naturelles et culturelles, et puissent ainsi retrouver une grande patrie dans le pays de l’autre. "
Konrad Adenauer
A propos du Traité de l'Elysée signé entre la France et l'Allemagne

Anne-Lise :  Est ce que vous vous adressez plutôt aux jeunes? Vous avez fait un album Rapconte qui était plutôt destiné aux enfants ? 

Till : Rapconte, c’était un projet particulier, c’était pour la Grundschule. ( = l’école primaire en Allemagne). L’idée était de pouvoir travailler dans une Grundschule avec les morceaux. Et ça marche très très bien ! C’est des petites classes, 9-10 ans donc ils sont tout contents de rapper avec le chat botté.

Anne- Lise : Oh la j’imagine ! 

Till : Voilà pour les concerts, il y a  des jeunes et des personnes de 30-40-50-60 qui nous disent “ J’aime pas trop le rap mais vous ça va !”

Anne- Lise : C’est drôle parce que c’est exactement ce que je me suis dit quand j’ai commencé à écouter votre musique !

Till : C’est pas du rap classique, ça n’a rien à voir. Avec les musiciens sur scène, c’est très rock, c’est un peu reggae !

Anne- Lise : Et le fait qu’il y ait 2 langues, ça fait aussi un style différent je trouve ! 

Till :Il y a des groupes qu’on suit, qu’on adore et qui sont pas trop rap rap non plus… Chacun peut ranger ça où il veut, il y a beaucoup de tiroirs dans le placard ! 

Avec des petits trésors dedans. On veut pas se limiter en fait, on fait la musique qu’on veut faire après les gens aiment ou pas!

On peut pas faire de la musique en disant qu’on fait ça comme ça pour vendre plus de disques.. On aime beaucoup l’authenticité dans la musique! Tu le sens rapidement si quelqu’un fait ça pour les ventes ou pas…

Anne- Lise : Et c’est pour ça que ça plait aussi! C’est trop bien ! Comment ça se passe dans les écoles ? 

Till : Les écoles nous écrivent pour nous inviter. On est souvent dans les cours de langue, on rappe avec les jeunes français en allemand. Avec des allemands, on rappe en français. Le thème est choisi par les écoles, on peut travailler sur l’environnement,les contes, un thème particulier à préparer… On rappe souvent sur l’Europe, la France, l’Allemagne, les stéréotypes.. ça dépend ! Après ça reste un cours de langue ! On leur dit que c’est un cours de rap pour les attirer mais en fait..

Anne- Lise : Ils bossent quand même la langue !

Till : Voilà, ils se disent qu’ils ont appris sans le remarquer et ça c’est génial parce qu’ils ont envie de le faire. La clé de la motivation pour l’apprentissage, on la connaît tous! Si tu as la flemme, ça avance pas trop…La musique ça ouvre des portes et après tu peux accéder à des thèmes qui peuvent être un peu lourds.

Anne- Lise : Oui et le rap les rassure car ils sont sur un thème qu’ils connaissent! C’est leur monde, leur domaine.

Till : Voilà, c’est ça !

Anne- Lise : Vous rappez une de vos chansons avec les élèves ou sur autre chose selon le thème?

Till : Ca peut être une chanson à nous ou des textes qu’on prépare pour l’atelier. On a développé des modèles à remplir qui facilitent la reconnaissance, si on est débutants etc… On a fait ça avec les 10-15 ans mais on peaufiné un peu le système et ça peut être avec des touts petits ou des plus grands. Même avec des étudiants, on fait aussi des séminaires pour les profs pour leur montrer des techniques. C’est pas super compliqué mais ils ne connaissent pas !

Anne- Lise : C’est sur, en plus ça fait peur !

Till : Voilà ils disent souvent “Je ne suis pas rappeur comme vous, je ne peux pas le faire!”

Eh bien si, si je te donne un petit truc, tu peux rapper, c’est pas super compliqué. On leur donne le matériel et ils aiment bien en général.

Ils essaient sans nous et souvent on reçoit des mails “ Merci, j’ai osé et ça a trop bien marché !

Voilà il y a beaucoup de potentiels pour qu’il y ait ça dans les écoles, c’est juste une approche différente au cours classique. Tu peux pas remplacer les cours classiques mais tu peux les compléter avec quelque chose de différent. On sait que l’apprentissage de l’allemand chez vous et du français chez nous est plutôt en baisse. Donc on peut les aider !

Anne- Lise : Oui, ça donne une autre image !

Till : Pour nous l’avantage, c’est qu’on a appris le français ou la langue du voisin à l’école comme eux ! Alors que les bilingues ça les saoule parce que c’est trop facile, eux ils ont rien fait pour apprendre deux langues. Au début, on se disait : Waa ce serait quand même mieux d’être bilingue comme Victor notre rappeur à l’époque et après on a dit que comme on était c’était quand même bien ! Les élèves nous diraient sinon “ Tu parles mais tu n’as rien fait pour avoir ce niveau”. Alors que là on est parti du même point qu’eux, de zéro.

Aujourd”hui, on voyage dans le monde avec la musique et les langues! Si tu apprends le français ou l’allemand, ça peut aussi t’aider pour le boulot. C’est pas que la grammaire et tout ça !

Anne- Lise : Pas que des trucs pénibles oui! A ce propos comment tu décrirais ton expérience avec le français à l’école ?

Till : Notre prof de français est devenue assez célèbre parce qu’on la remercie à chaque fois. On a grandi à la campagne, c’est assez petit là où tout le monde se connaît. J’ai que des très très bons souvenirs de mes cours. Je ne sais pas trop ce qu’elle a fait de spécial mais ça nous a plu, c’était des cours sympas où j’ai vraiment senti la valeur de ce que j’apprenais. On est souvent parti en France pour des vacances et je pouvais directement pratiquer. Les maths ou la bio, c’était important aussi mais je voyais moins à quoi ça servait.

On parlait de la société. A l’époque, il y avait les élections Chirac- Le Pen. J’étais trop fan de mes cours et c’est une des raisons qui nous a donné envie de partir en France après. Et pour la musique, ça nous a donné envie de comprendre encore plus parce que le verlan c’est pas marqué dans le dictionnaire !

C’est quand même une drôle d’histoire parce qu’on a grandi vraiment en Allemagne mais on a trouvé le chemin comme ça !

Anne- Lise : Comme quoi on ne sait jamais où les choses nous mènent !

Pour terminer, j’aime bien poser cette question aux gens que je rencontre : Quels seraient les 3 avantages que tu donnerais de parler une langue étrangère ?

Till :

  • Si tu parles la langue ( allemand ou français ici), tu peux te faire des amis car ils sont tellement proches dans cette région ! Quelqu’un qui ne parle pas l’autre langue par ici ( région transfrontalière) rate vraiment quelque chose.
  • Pour le boulot évidemment, parce que tu peux travailler dans les 2 pays. En France, c’est parfois difficile de trouver du travail et ici si tu parles allemand, c’est le jackpot car ils en cherchent !

Et la musique ! Parce que chanter en plusieurs langues, c’est vraiment fantastique, il faut essayer! Et comprendre aussi la musique du voisin, tous les gens écoutent du rap sans comprendre les paroles.. Je leur dis que s’ils comprenaient les paroles, ils seraient encore plus fans !

Chez nous aussi mais je pense qu’ici c’est mort parce qu’un français écoute difficilement de la musique allemande… Quand on pose la question dans les classes : Zéro…

Ça me fait vraiment pleurer parce que la musique n’est pas moins bonne ici qu’ailleurs … Ça vaut le coup de parler allemand pour découvrir tout ça!

Nous on fait le pont, on rend les choses plus accessibles en permettant de comprendre au moins la moitié !

Les journalistes nous posent souvent la question de savoir si ce n’est pas trop compliqué de chanter en deux langues alors que les gens ne comprennent rien?

Je réponds : Mais on passe de la musique anglaise tous les jours à la radio, on comprends quelques mots sans saisir toutes les paroles… C’est pareil, on peut comprendre le sens de la musique sans avoir toutes les paroles… En Afrique, ils chantent tous avec 3 ou 4 langues  et ils sont morts de rire quand on leur dit qu’on chantent seulement en 2 langues..

Pour Félix et moi, c’est complètement normal, on vit dans les 2 pays! C’est les langues dont on se sert dans la vie quotidienne donc ce n’est pas du tout particulier qu’elles soient dans nos chansons ! Si j’étais espagnol, je chanterais en Espagnol et ce serait normal :).

 

Anne-Lise : Merci beaucoup pour ce bel échange !

Till : Merci à toi !

 

Alors qu’en pensez -vous ? 🙂

Pour découvrir toute l’actualité du groupe : Cliquez juste ici.

 Et si vous cliquez ici pour découvrir l’une ou l’autre de leurs chansons, venez me dire en commentaires ce que vous en avez pensé !

 

 

 

 

 

 

Une dernière chose : Si cet article vous a plu et si le message du groupe Zweierpasch vous plait, partagez cet article à vos collègues/amis/copains profs ou élèves qui ont envie de dépasser les frontières, ou simplement à ceux qui aiment la musique et à ceux qui apprennent l’allemand. Bref, vous connaissez forcément quelqu’un alors je compte sur vous pour partager ce message !

A très vite !

 

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