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Les français et les langues : Pourquoi est-ce si compliqué?

 «  En France, on est nuls pour apprendre les langues ! » 

” En France, on ne sait vraiment pas comment faire avec les langues” 

 

Si je vous dis que vous avez entendu ou prononcé une des ces phrases au moins une fois, je me trompe ?

Il faut dire que le système ne fait rien pour démontrer le contraire (classes surchargées, baisse des heures et donc du budget, suppressions de postes et filières…) et que nous sommes parfois contents de pouvoir justifier notre niveau de cette manière. Après tout, c’est vrai. Pourquoi s’investir puisque nous sommes nuls et que ce n’est pas de notre faute? 

De toute manière, les études le prouvent. Les français sont bel et bien moins doués que la plupart des pays du monde pour apprendre les langues.  Je ne vais pas essayer de vous prouver le contraire. 

Ce que je peux faire par contre, c’est essayer de comprendre pourquoi nous en sommes arrivés là. Pour essayer de faire mieux et espérer un jour casser ce préjugé. 

  • Comme quand vous ratez une recette de cuisine et que vous cherchez ce qui n’a pas fonctionné pour faire mieux la prochaine fois. 
  • Ou quand vous ratez un examen,  un entretien et que vous demandez un retour pour ne plus faire les mêmes erreurs.

 En plus, j’aime voir le positif. J’aime me concentrer sur ce qui va, encourager et soutenir. ( Rassurez vous, j’ai aussi des moments ou je broie du noir et ou je n’arrive à rien, comme tout le monde^^). 

Sur le sujet des langues qui me passionne, je suis encore plus positive. J’ai donc eu envie de chercher pourquoi nous nous attachons à ce constat aussi négatif.  Et comment nous pouvons tenter de nous en sortir. 

Je vous donne ici les 3 raisons qui expliquent le mieux cette situation et les 3 raisons qui montrent que ce n’est pas si compliqué.

Les 3 raisons qui expliquent que ce soit si compliqué :

 1)  Notre fameux système. 

 

Je vous présente juste un constat. La critique pure n’apportant que du négatif, ce n’est pas ce que je souhaite faire ici.

Si le système scolaire français n’est pas le seul responsable, il a certainement un grand rôle à jouer dans le niveau linguistique français. 

Soyons honnêtes et cohérents et je vous propose un petit exercice :

  • Imaginez que vous avez 32 élèves dans une classe. Vous les voyez pendant 50 min, maximum 3 fois dans la semaine. 
  • Vos élèves sont des ados avec des soucis plein la tête, qui sont obligés d’être là et qui ont pour beaucoup d’autres projets en tête que celui de rester assis sur une chaise.

– Pensez vous qu’ils vont pouvoir apprendre correctement une langue? En travaillant à la fois l’oral et l’écrit ? Et que vous allez pouvoir être à l’écoute de leurs besoins? 

Je pense que ce sera très difficile. Et c’est effectivement le cas.

Pourtant croyez moi : les profs font de leur mieux.  Ils se donnent du mal et s’investissent à 100% pour leurs élèves. (  Si vous êtes profs, BIG UP!  🙂 ).

 Les ados ont en plus une sensibilité émotionnelle qui pourrait être un atout avec les langues. Ils ont cette envie d’être dans le monde adulte, tout en gardant un pied dans l’insouciance de l’enfance. Ils ont envie d’apprendre, mais à leur manière. Avec ce qui leur parle et les touche.

Mais le système tel que nous le connaissons a du mal à répondre à leurs besoins comme à leurs attentes. Beaucoup en ressortent découragés et en ayant oublié que le principal objectif d’une langue se trouve dans la communication, bien loin du cadre et des standards scolaires.

 

 

 

2) La fréquence acoustique 

 

Toutes les langues du monde utilisent une fréquence acoustique différente. ( fréquence acoustique : nombre de vibration d’un son par seconde*)

Selon notre langue maternelle, nous sommes donc habitués dès notre enfance à entendre plus ou moins bien certains sons, en fonction de la fréquence de cette langue.

Le français a une fréquence assez étroite. Les francophones entendent donc une petite partie des sons existants et ont beaucoup de mal à comprendre les intonations des langues dont la fréquence est très éloignée de celle du français.

Au contraire :

  • La fréquence du russe est très large : les locuteurs russes ont donc des facilités à entendre des sons très différents.
  • Les allemands ont un très bon accent anglais et peuvent en général le parler avec moins de difficultés car ces deux langues en plus d’être des langues cousines, ont une fréquence proche.

 

 

3)  Quand l’histoire s’en mêle… 

 

En tant que Royaume puis par son empire colonial, la France a longtemps rayonné sur l’Europe et le monde.

Ce rôle lui a donné,  comme à la langue française, une aura et un standing enviés par beaucoup. 

  • Le français a longtemps été la langue officielle parlée dans toutes les cours européennes. C’était la langue de l’amour, la langue qu’il fallait parler pour faire partie des grands de ce monde. 
  • Au XXème siècle, le français s’est répandu en Afrique et dans les territoires d’Outre Mer avec la colonisation.

Pendant ces périodes, le français était énormément appris dans beaucoup d’endroits du globe.  C’était un signe d’éducation et de distinction, et cela explique pourquoi s’intéresser aux autres langues n’était alors pas une priorité pour les natifs francophones. 

L’apprentissage et l’accès aux langues étrangères sont donc très peu inscrits dans les gênes et dans la culture française. Même si les guerres mondiales, la mondialisation, la construction européenne ont bousculé cet équilibre, il reste des traces de cette histoire. 

Les dialectes et différents patois ayant de plus disparus petit à petit, cela reste aujourd’hui exceptionnel de pouvoir parler différentes langues au quotidien.

 

Les 3 raisons qui montrent que nous pouvons tout de même y arriver :

 

1) Certaines choses changent. 

 

Aujourd’hui, nous sommes tous, ou presque, convaincus qu’apprendre une langue est essentiel. 

Et même si il est maintenant urgent que notre système scolaire change certaines de ses habitudes, la prise de conscience est là, tout comme certaines actions. 

  • Une ouverture aux langues étrangères est mise en place dès la maternelle ( éveil à la diversité linguistique, dans les programmes officiels) et un vrai enseignement est obligatoire dès le CP
  •  Les professeurs des écoles peuvent être accompagnés par des conseillers pédagogiques en langues, des évènements autour des langues comme des journées en anglais sont organisées dans les écoles.
  • En fin de primaire, les élèves ont souvent un bon niveau, reconnu à l’entrée au collège.
  • Les collégiens apprennent pour la plupart deux langues dès la 6ème et peuvent facilement partir en voyage ou en échange à l’étranger. 
  • Des professionnels reconnaissent que les élèves d’aujourd’hui sont plus ouverts, osent plus s’exprimer dans une langue inconnue. 

Il reste encore beaucoup de progrès et il existe beaucoup de choses paradoxales, j’en ai conscience. Mais restons pour cette fois sur ce qui fonctionne et qui a le mérite d’exister. 

 

 

2) Le don des langues n’existe pas. 

 

Par contre la réussite dans l’apprentissage des langues si! 

C’est ce que dit Yasmina Naguerro dans son livre «  Catalogue des idées reçues sur la langue »  et je partage complètement son avis. 

Il y a par contre des facteurs qui prédisposent certaines personnes à mieux réussir que d’autres. Comme dans n’importe quelle discipline. 

  • Le bilinguisme dès la naissance en est un : Les enfants qui dès le plus jeune âge entendent plusieurs langues ou sont habitués à utiliser différents langages, selon le lieu et les personnes avec qui elles sont, partent avec un sacré avantage.  Car notre cerveau a besoin d’être habitué à quelque chose de nouveau. Si vous avez déjà l’expérience de plusieurs langues, que ce soit à l’écrit ou à l’oral, vous aurez plus de facilités à en découvrir de nouvelles.

Si vous êtes musicien ou sportif cela doit vous parler : 

  • Si vous avez appris depuis tout petit le piano et que vous aimez chanter : vous aurez  des facilités à apprendre la guitare. 
  • Si vous faites du basket depuis tout petit, vous aurez moins de mal à faire du handball ou de l’athlétisme. 

Dans son livre, Yasmina Naguerro nous donne l’exemple d’un écolier sénégalais qui, de manière extrêmement banale, parle 3 langues au quotidien :

  • celle de son quartier : le mandingue ou le diola
  • celle de son pays : le wolof
  • celle enseignée à l’école : le français

 

En Europe, les pays nordiques sont particulièrement doués pour cela. Ils ont compris que les langues seraient une carte essentielle pour participer aux échanges mondiaux. 

  • La Suède ou les Pays Bas par exemple qui sont des pays où l’anglais a une place incontournable dès la petite enfance.  En faisant entrer cette langue dans le quotidien et la culture des habitants, ces pays leur ont permis de faciliter leur apprentissage et d’être habitués à parler plusieurs langues. 

En France, nous sommes fiers de notre langue. Nous voulons la défendre, la protéger. C’est pourquoi nous sommes longtemps restés méfiants vis à vis des autres langues, surtout de l’anglais.

Aujourd’hui, nous commençons à comprendre que cette fierté doit au contraire être une force. Et qu’en apprenant d’autres langues, nous préservons aussi la nôtre.

 

 

 

3) Personne n’est nul pour quoi que ce soit. 

 

Nul, ca signifie zéro, donc rien. Vous ne pouvez pas dire et personne ne peut vous dire que vous êtes rien. 

Vous êtes une personne vivante humaine, vous êtes quelqu’un. Avec vos qualités et défauts, vos forces et vos faiblesses, comme tout le monde. Mais vous n’êtes ni nuls, ni mauvais. 

Il y a des domaines dans lesquels vous êtes bons, d’autres moins. Des domaines dans lesquels vous avez beaucoup de marge de progression, d’autres pour lesquels c’est plus facile. 

En France, nous sommes particulièrement doués et réputés pour aimer nous plaindre. Cela peut être une qualité, car nous osons dénoncer quand quelque chose ne va pas. Et cela permet de progresser. 

Au niveau personnel, je crois cependant que nous pouvons tous apprendre à valoriser nos forces plutôt qu’à se plaindre de nos faiblesses. Et que si ses faiblesses sont un obstacle, nous pouvons essayer de comprendre pourquoi et comment nous pouvons les surmonter. 

 

Qu’en pensez vous? Si cet article vous a plu, partagez le au moins à une personne qui pense que les français ne sont pas doués pour les langues !

Et pour aller plus loin, je vous conseille cet article dans lequel je vous parle des 5 manières de pratiquer une langue. 

 

 

* source :cohlea.org

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8 commentaires

  • Pierre-Favre

    Salut Anne-Lise!
    Merci pour ton article.
    Ta section sur les fréquences acoustiques m’a complètement ouvert les yeux sur cette notion. Il ne me semble pas en avoir déjà entendu parler!
    Il me semble assez commun, de la part des collégiens, de ne pas choisir Allemand au motif que le ton est quelque peu guttural et/ou agressif. Y a t il un lien avec cette histoire de fréquence acoustique? Et, est ce que tu sais si cette perception de la langue Goethe est la même dans les autres pays?

    • Anne-Lise

      Merci Pierre pour ton commentaire !
      Oui en effet l’allemand a bien mauvaise réputation ce que je regrette beaucoup d’ailleurs! La fréquence acoustique joue un grand rôle en effet car elle détermine le son que l’on entend et sa mélodie. Après il y d’autres facteurs qui rentrent en jeu comme les acquis culturels, l’histoire et la sensibilité de chacun 🙂 Par exemple l’italien et l’espagnol paraissent souvent chantant car ils nous font penser au soleil, la mer, au sud 🙂 Et j’avoue que personnellement, j’aime beaucoup le son de l’allemand!

  • Aurélie

    Hello Anne-Lise,
    Ha les voici donc les raisons… Quelle galère, quel dommage… Bref, je veux aider mes enfants dès le plus jeune âge! J’ai hâte de lire tes conseils sur le sujet dans un de tes prochains articles 😉
    A très bientôt.

    • Anne-Lise

      J’espère pouvoir t’aider dans ce projet 🙂 Je pense que l’initiation aux langues dès le plus jeune âge est un des meilleurs atouts pour éviter les blocages!

  • 3 kleine grenouilles

    Tu as bien raison à propos des enfants bilingues. Mes enfants sont bilingues franco-allemands de naissance et pour des raisons de qualité de la crèche et de proximité géographique, nous les avons inscrits dans une crèche bilingue avec une autre langue parlée en immersion. Mon fils avait deux ans quand nous l’y avons inscrit et en quelques semaines, il comprenait parfaitement ce que ses éducatrices lui disaient. C’était impressionnant de voir la facilité et l’intérêt avec lesquels il a intégré une troisième langue à son quotidien.

    • Anne-Lise

      C’est incroyable ! 🙂 Ils ont cette chance de pouvoir apprendre simplement, sans se soucier de tellement de choses 🙂 Quand on a cette chance, c’est génial :

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