20 rencontres pour grandir,  Apprendre par plaisir

Apprendre une langue tout seul : L’histoire d’Alex, du blog Objectif polyglotte.

Pour cette 10ème histoire de mon défi #20rencontrespourgrandir, je suis très heureuse de vous partager aujourd’hui ma rencontre avec Alex, du blog Objectif polyglotte. Passionné des langues depuis toujours, nous avons en commun un apprentissage des langues positif, tourné vers l’ouverture et basé sur les forces de chacun.

Francophone d’origine, Alex a commencé à apprendre l’anglais puis l’allemand puis 4 autres langues que vous découvrirez à travers ses réponses. Vivant aujourd’hui en Russie, il souhaite partager son goût pour la découverte de nouveaux sons et les structures langagières différentes tout en encourageant tous ceux qui se lancent dans un apprentissage linguistique.

Alors à votre avis, pourquoi et comment est ce possible d’apprendre autant de langues, tout seul en plus? Qu’apporte chacune de ses langues, quand on a pas besoin de les parler au quotidien ?

Pour le découvrir, je vous laisse avec l’histoire d’Alex  que je vous pouvez écouter en podcast juste au dessus de l’article. Les lignes suivantes sont la transcription de la conversation audio.

Bonne écoute ou bonne lecture ! 🙂

 

Anne-Lise : Salut Alex, est ce que tu peux commencer par te présenter et nous parler de ce que tu fais et des langues que tu parles ? 

Alex : Je suis passionné de langues étrangères et je me suis spécialisé dans l’apprentissage en autonomie, ce qui veut dire que je fais tout tout seul. Bon on se comprend, avec les langues, tu n’es jamais vraiment isolé, tu es en toujours en contact avec d’autres!

Mais le processus d’apprentissage, j’aime bien le faire tout seul !

J’en ai étudié vraiment pas mal, je dirais plus d’une dizaine mais je n’ai pas été sérieux dans l’apprentissage de toutes. C’était beaucoup de la curiosité, quand tu découvres une langue, tu as envie de voir comment ça se passe dans une autre et donc tu sautes d’une langue à l’autre!     j 

Si on parle des langues que je parle, couramment on va dire, il y a : l’anglais, plus ou moins l’allemand, le russe et à un niveau un peu moins élevé, l’afrikaans, le chinois et le portugais.

Quand on parle plusieurs langues, il faut les maintenir et ça c’est un gros travail. Je ne sais pas si tout le monde s’en rend compte! Il faut chercher et saisir les opportunités de parler.

Ma famille a déménagé en Angleterre quand j’avais 2-3 ans, j’ai vécu là pendant quelques années. Et en fait -tu as un fils donc tu dois savoir comment ça se passe- les enfants absorbent la langue comme des éponges. C’est ce que j’ai fait en Angleterre, je parlais anglais avec un accent parfait, d’ailleurs j’ai encore les cassettes à la maison !C’est marrant à écouter… Et ça je l’ai complètement perdu parce que je quand je suis revenue en France à 4-5 ans, tout le monde parlait français autour de moi. Logique !

Ducoup je me suis sentie comme exclu, j’étais l’intrus!  Je me disais que parler anglais me mettrait de coté donc j’ai complètement arrêté. Mes parents essayaient de parler anglais et je répondais en français.

Quand mes parents m’ont raconté ça quelques années plus tard, j’étais vraiment frustré parce que l’anglais aurait du être ma deuxième langue maternelle et au lieu de ça, j’ai du la réapprendre complètement à nouveau. Vraiment frustrant comme expérience !

Maintenant je parle anglais avec un bon niveau mais un accent français parfaitement discernable. Même si j’utilise tous les jours, je ne pourrai jamais récupérer le niveau que j’avais en étant enfant et ça c’est vraiment très frustrant !

Anne-Lise : J’imagine! Mon fils a 2 ans ½ donc je vois bien, c’est vraiment l’âge où c’est l’idéal !

Alex : Ah oui, c’est vraiment une chance! Je l’ai gâché mais voilà! J’ai dû apprendre comme tout le monde. J’ai perdu ce privilège !

Anne-Lise : Après il y avait surement des choses qui restent, j’ai envie de croire que tout n’était pas perdu ! Ou tu as vraiment eu l’impression de reprendre à zéro ?

Alex : Je crois que j’ai repris à zéro… Je suis d’accord avec toi, quand tu apprends une langue et que tu ne la pratiques pas pendant des années, il y a quand même des restes ! Je l’ai remarqué avec l’allemand que j’ai appris au collège et que je n’ai pas pratiqué pendant longtemps. Je me suis rendue compte qu’il y avait quand même du vocabulaire qui restait dans ma tête. Je ressors des mots que j’ai appris il y a 10 ans, je ne sais pas comment mais ils sont là !

Mais quand on est enfant, je pense que c’est différent parce que justement on a fait aucun effort, la langue est venue naturellement. C’est vraiment une différence!

Anne-lise : Par rapport à ce que tu dis sur ton sentiment d’exclusion, c’est vraiment quelque chose de fou. Et paradoxal parce quand on apprend une langue, c’est une ouverture, une richesse et il ya encore tellement de monde qui vivent cela comme une exclusion.. Pour en avoir discuté avec des personnes qui vivent ça en France, je trouve ça incroyable ! J’ai envie de croire que les choses vont évoluer avec les nouvelles recherches qui ont été faites…

Alex : Moi aussi, j’ai envie de croire que ça va évoluer ! Je suis certain d’ailleurs que ça va évoluer car les gens se rendent compte petit à petit de l’avantage de parler plusieurs langues ! Et d’ailleurs, j’ai vu ça à Moscou, il ya des crèches multilingues qui ont été créés et ca c’est quelque chose de génial, je ne sais pas si il y en a en France…

Anne-Lise : Oui ça existe aussi en France mais ce sont surtout des micro-crèches ou des organismes privés… Mais les chose bougent, il faut voir le positif ! Et j’espère d’ailleurs, qu’avec les nouvelles recherches, les choses vont évoluer dans les prochaines années !

Alors ducoup pour revenir à ton parcours, l’allemand et l’anglais tu les as appris au collège en France ?

Alex : Oui, j’ai fait toute ma scolarité en France ! L’allemand c’était un peu compliqué au début parce qu’on a toujours ce mythe de l’allemand difficile! Au collège on avait le choix entre plusieurs langues et tout le monde disait que l’allemand, c’était impossible !

Finalement, je ne sais pas trop pourquoi j’ai pris allemand, j’avais 11 ans et peut être le goût du challenge.. J’avais envie de découvrir cette nouvelle langue mais il y avait plein de choses que je n’arrivais pas à saisir!

Les déclinaisons, je crois que j’ai mis au moins 6-7 ans à comprendre comment on s’en servait ! Je sais pas toi, comment tu expliquerais cela de manière simple?

Anne-Lise : En fait, j’essaie toujours en premier d’expliquer aux élèves à quoi ça sert, en partant des choses qu’ils connaissent. Je leur donne des exemples concrets pour lesquels ne pas utiliser la bonne déclinaison peut vraiment porter à confusion. C’est un peu complexe à expliquer sans exemple mais le plus important est que les apprenants comprennent dès le début que ça leur est utile  et que ce n’est pas seulement une règle de grammaire compliquée! On est d’accord que ça nous peut énerver, que si c’était pas là, ce serait plus simple mais que ça a vraiment une utilité !

Alex : Je suis totalement d’accord avec toi avec l’idée de relier à des choses présentes dans notre langue à nous. En français quand on pense aux pronoms personnels, c’est un peu comme des déclinaisons avec : moi/je/à lui, c’est un peu le même fonctionnement!

Anne-Lise : Oui c’est sur et en tant que français, on ne s’en rend pas compte.

 

On a aussi des Cods, des sujets : ils ne sont pas marqués par les déclinaisons mais on a le même principe.

 

Un truc aussi à dire pour se rassurer, c’est que beaucoup d’allemands ne comprennent pas eux mêmes les déclinaisons..Ils les utilisent automatiquement sans les forcément les comprendre.. et il y en aussi beaucoup qui font des erreurs de déclinaisons! Donc évidemment, c’est important de les apprendre mais il n’y a pas que ça!

Alex : D’ailleurs, j’ai vu que le génitif était de moins en moins utilisé en Allemagne et c’est le datif qui le remplace, c’est ça ?

Anne-Lise : Oui c’est c’est ça ! Pour toi, les autres langues, c’est venu petit à petit ?

Alex  : Oui, oui. L’afrikaans a été la première langue que j’ai apprise à 100 % en autonomie. Pour moi, c’est quand je vois la langue écrite que ça me donne envie de l’apprendre, il y  a des trucs un peu bizarres, elle ressemble un peu au néerlandais.

J’ai un peu essayé toutes les approches parce que j’étais débutant et ne savais pas vraiment comment m’y prendre. C’était une expérience très plaisante, j’ai parlé avec des gens d’Afrique du Sud. Dans ce pays, il y a 11 langues officielles je crois et l’afrikaans est juste l’une d’entre elles.

C’était une expérience vraiment enrichissante pour la suite de mon apprentissage car cela a posé les bases et m’a permis de découvrir tout ce qui était possible de faire.

Anne-Lise : Et ducoup, tu as appris vraiment comme ça, sans connaître quelqu’un qui parlait cette langue ? Tu étais déja allé en Afrique du Sud ?

Alex : Non jamais et c’est pour ça que ce choix est si étrange ! Il y a beaucoup de langues comme ça que j’ai décidé d’apprendre suite à un choix spontané dont le russe par exemple!

Je n’avais pas de raison d’apprendre le russe à part que l’alphabet m’intéressait. C’est bizarre parce que je dis souvent qu’on a besoin d’objectifs avant d’apprendre une langue mais pour certaines langues que j’ai apprises…. c’était l’inverse ! J’avais aucune raison de les apprendre mais l’objectif je l’ai trouvé après.

Anne- Lise : Tu avais quand même cet objectif en soi d’apprendre plusieurs langues et comme tu étais passionnée, ça te permettait de bien avancer.

Alex : Voilà, ma curiosité était constamment satisfaite. Et c’était un vrai plaisir de découvrir de nouvelles façons de voir les choses. Parce qu’une langue c’est ça!

Anne-Lise : C’est clair ! Super ! Et donc après, le russe, tu l’as appris en vivant en Russie?

Alex : Non, c’est une longue histoire. J’ai commencé, comme je disais, parce que je trouvais l’alphabet intéressant et les sonorités exotiques. Ca ne ressemblait à aucune langue que j’avais apprises jusque là et j’ai décidé comme ça de m’y intéresser.

J’ai commencé par l’alphabet, la chose la plus intriguante selon moi. On voit tous ces signes, il y en a qui sont similaires au français mais qui se prononcent différemment. Le b français se prononce “ v” par exemple.

Pour la petite histoire, j’étais étudiant à cette époque et je travaillais pendant l’été en manutention. On avait le droit d’avoir des écouteurs pour écouter de la musique. Comme je n’écoute pas souvent de musique, j’ai téléchargé des podcasts avec des cours audios de russe. Donc j’écoutais ça dans une oreille et je travaillais en même temps.J’ai donc eu des heures d’expositions pour me familiariser avec les sons de la langue.

Mes premiers pas ont été assez laborieux parce que j’étais paralysée par le fait que le russe est une langue difficile.J’y allais donc à tâtons et j’ai mis plusieurs mois avant d’être sérieux dans mon apprentissage.

J’ai fait aussi une grosse gaffe et j’en parle souvent car il ne faut pas le laisser passer : Pendant que j’apprenais les sons, la grammaire, je ne parlais pas et j’ai mis du temps à vraiment prononcer les mots. Je pensais que tout était dans ma tête et que le jours où je croiserais un russe, j’aurais juste à tout sortir de ma bouche. Et en fait non, ça ne marche pas comme ça !

J’avais une prononciation du russe qui était vraiment mauvaise : Il y a des sons qui se ressemblent et il y en a un qui est particulièrement dur à prononcer pour les francophones : Un mélange entre le i et u et un autre qui est le i français. Et cette erreur que je ne suis pas le seul à faire car j’ai remarqué que d’autres francophones la faisaient aussi : c’est de mixer les deux. Et cela peut donner lieu à des malentendus.

Il y a d’ailleurs une gaffe que j’ai faite : Il y a un verbe russe qui signifie “oublier” et qui avec le i français signifie “ envoyer balader “ mais d’une manière assez vulgaire.  Et j’ai utilisé cette expression dans un contexte où j’aurais du faire attention..

Voilà pour mes débuts dans l’apprentissage du russe !

Anne-Lise : En tout cas c’est courageux de l’avoir fait tout seul. En plus j’imagine qu’au niveau culturel, on est plus loin de l’anglais et de l’allemand ?

Alex : Oui, c’est pas aussi loin que le chinois mais … Je dirais que c’est une passerelle entre les langues vraiment exotiques et celles qu’on connait.

Anne-Lise : Et d’ailleurs, qu’est ce qui t’a permis de passer cette barrière avec le russe et de commencer à parler ? Rencontrer des personnes russes ?

Alex : Oui, je cherchais en fait des partenaires linguistiques. Quand j’ai commencé à parler je voyais qu’on me comprenait pas, je faisais des pauses de 10 secondes pour chercher un seul mot et je me disais : “ Mais ça va pas, je peux pas continuer comme ça! “ Donc j’ai essayé de parler plus souvent. C’est pas facile mais petit à petit on s’y fait.

Anne-Lise : Et aujourd’hui, tu parles couramment ?

Alex : Oui je pense, j’ai passé il y a 1 an le test niveau B1. Récemment, j’ai fait des tests B2/C1 et j’y arrive. Non sans mal mais j’y arrive. J’arrive donc à me débrouiller sans trop de problèmes. Parfois je ne comprends pas, mais pour vivre en Russie, c’est suffisant.

Anne-Lise : C’est vraiment chouette !

Alex : Ca me passionne !

Anne- Lise : Et ducoup, je rentre peut être dans ta vie privée mais qu’est ce qui t’a poussé à aller vivre en Russie ?

Alex : C’est juste que ça m’a beaucoup plu ! J’y suis allé plusieurs fois en touriste puis j’ai rencontré ma fiancée. Donc pourquoi pas rester ? Je me suis dit : “ Je me sens bien donc pourquoi pas! ” J’aime bien vivre ici, le froid ne me dérange pas et bref ça me plait beaucoup !

Anne-Lise : Oui j’ai vu dans un de tes mails qu’il faisait jusqu’à -18° quand même …

Par rapport à ce que tu disais, est ce que tu parles russe avec ta fiancée ?

Alex : En fait, on parle plusieurs langues car elle parle aussi français et anglais. On peut aussi switcher de temps en temps. Après peut être que si on décide d’apprendre une nouvelle langue en même temps, on pourra aussi l’intégrer dans nos conversations.

Anne-Lise : C’est trop bien !

Je continue ton histoire : Le chinois et le portugais tu les as appris aussi pour la plaisir ?

Alex : Le chinois, c’était parce que ça m’intéressait vraiment du point de vue linguistique. Ils ont environ, 214 radicaux, l’équivalent des morphèmes en français ( la plus petite unité d’un caractère). Et ces radicaux s’assemblent pour former un nouveau sens. De mémoire dans le caractère de “soudainement”, il y a le radical de    “couteau”. On peut faire un lien au niveau sémantique car dans deux cas c’est quelque chose qui agit d’un coup.

Étudier comme cela d’où les caractères viennent, je trouve cela très intéressant. Le chinois, c’est fascinant !

Anne-Lise : D’accord. Et donc tu as aussi appris en autonomie, avec une méthode particulière?

Alex : J’ai essayé plusieurs méthodes, Assimil, une méthode audio parce que je me suis concentré sur l’oral et sinon en conversation avec des natifs. Et j’ai rencontré aussi des natifs, ici à Moscou, pour pratiquer la conversation.

Anne-Lise : D’accord. Et le portugais pour finir ?

Alex : Le portugais, c’était différent, une expérience assez unique que je me suis offerte. Comme je devais aller au Portugal l’année dernière, j’ai décidé d’apprendre le portugais en 30 jours.

On est d’accord que c’est impossible d’apprendre une langue en 30 jours ! Mais apprendre le portugais dont j’aurais besoin pour mon voyage, c’était envisageable. Je me suis donc créé un petit programme et finalement j’arrivais à tenir une petite conversation. Alors évidemment, il y a des trucs comme la conjugaison, 30 jours, c’est bien trop court pour tout assimiler mais une fois au Portugal je pouvais avoir des conversations basiques. C’était vraiment enrichissant.

C’est une langue que j’aime beaucoup au niveau des sonorités et c’était aussi très différent pour moi parce que j’étais habituée à des langues plutôt complexes et éloignées du français alors que là, j’avais l’impression de tomber dans quelque chose de très familier. Une super expérience .

Anne-Lise : Waouh, c’est chouette, en 30 jours c’est quand même impressionnant !

Alex : C’est une passion en fait, rien de plus.

Anne-Lise : Oui et puis pour le coup, tu avais vraiment un objectif clair : En 30 jours tu devais parler assez pour pouvoir te débrouiller au Portugal.

Alex : C’est comme ça qu’on atteint des résultats, je pense. Je me suis fait mon programme, avec une discipline. J’en ai fait une habitude, tous les jours, même si j’étais fatigué le soir, je devais le faire et c’est vraiment un très bon souvenir.

Anne- Lise : Waa, super ! Alors parmi toutes les expériences que tu as eues, est ce que tu arriverais à dire le truc qui a le plus fonctionné, en tout cas qui a été le plus efficace ?

Alex : Je dirais que l’essentiel, c’est la motivation initiale mais que c’est le truc pour te lancer, ce n’est pas suffisant. La motivation sert à faire le premier pas mais ensuite, tu dois la transformer en discipline, en habitude. Et je pense qu’il n’y a pas de secret, tu obtiens des résultats en faisant quelque chose tous les jours, quoi qu’il arrive, pendant une longue période. Et tu gardes toujours ton objectif en vue.

Je pense que c’est vraiment ce qu’il faut garder en tête car souvent on peut se dire que ça suffit de s’y mettre 1 heure tous les week-ends mais en fait il faut mieux pratiquer 10 minutes tous les jours qu’une heure le week-end. Pour moi, c’est vraiment ça qui donne les résultats à long terme.

Anne-Lise : Oui, je suis d’accord. Donc de la motivation et du travail, en tout cas se donner les moyens d’atteindre son objectif.

Alex : C’est ça! Sans trouver des excuses pour éviter l’action..Car en s’autorisant une fois de ne pas travailler, on peut s’autoriser plusieurs fois… Ca ne va pas freiner notre succès de rater un jour mais c’est important de tout faire pour travailler quotidiennement.

Anne-Lise : Je suis aussi bien d’accord. C’est super intéressant.

Est ce que tu arrives à dire ce que t’ont apporté les différentes langues ? Des choses différentes à chaque fois ou tu as retrouvé des sensations communes à chaque fois ?

Alex :   C’est une question très intéressante  Je dirais qu’au début, quand j’apprends une langue, j’ai toujours cette petit plaisir, cette curiosité car tu découvres un tout nouveau monde. Ca je dirais que c’est commun à toutes les langues. Sinon je dirais que dans le sens où j’ai appris chaque langue pour faire quelque chose de différent, ça varie à chaque fois car j’ai aussi des liens différents avec chacune. Mon lien par exemple avec le russe est particulièrement fort car j’habite ici et donc émotionnellement, c’est lié à autre chose. Sinon je retrouve tout le temps le plaisir initial mais qu’il faut conserver tout au long de l’apprentissage. Parce que prendre du plaisir, c’est essentiel pour aller loin.

Anne-lise : Oui en fait, c’est ce qui se retrouve dans tout ton parcours. A part l’anglais et l’allemand que tu as appris à l’école, tu as appris les autres langues par choix, tu l’as fait pour toi.

Alex : C’est ça! Après, l’allemand et l’anglais je les ai aussi apprises par moi même après parce qu’a l’école, c’était compliqué. J’ai eu plusieurs expériences qui m’ont fait dire qu’apprendre les langues à l’école, ce n’était pas pour moi. Mais sinon oui, c’était toujours par moi même !

Anne- lise : C’est aussi ce que je dis, en avoir envie est un critère essentiel dans l’apprentissage pour réussir à garder sa motivation. Ce que tu dis par rapport aux émotions me parle parce que je dis souvent que c’est super important de faire intervenir les émotions et de créer des souvenirs pour mieux apprendre. Pour moi, c’est aussi vraiment ce qui s’est passé avec l’allemand. Même si aujourd’hui, je vis en France, c’est d’avoir vécu des moments là bas, rencontré des amis … Ca crée vraiment un lien fort qui change tout dans l’apprentissage ! C’est tellement important et je trouve qu’on en parle pas assez.

Alex : Oui c’est sur. En plus je trouve ça super parce que tu peux te rappeler comment tu as appris ces mots là. Est ce que tu as aussi des souvenirs comme ça, de quand tu habitais en Allemagne?

Anne-Lise : C’est certain. Parfois quand j’entends ou lis quelque chose en allemand, ça me rappelle un souvenir, j’ai une image qui me revient dans la tête de où je l’ai vu ou entendu.

Alex : C’est génial ça !

Anne- Lise : Oui et ça montre qu’une langue ça se vit! Ce n’est pas que des livres de grammaire même s’il faut en passer par là. Alors, sans trop se concentrer sur le négatif, quelles sont pour toi les plus grandes difficultés que tu as du surmonter ?

Alex : je pense que le plus dur c’est de s’approprier des choses qui n’existent pas dans notre propre langue. Par exemple avec le russe, ça va être toutes les déclinaisons. Il y a aussi des choses compliquées en russe comme les aspects des verbes. Ce sont des verbes qui sont par paire : Tu utilises un verbe pour parler de l’action et l’autre pour parler du résultat. C’est vraiment quelque chose de difficile, je crois que j’ai mis des mois à comprendre. Quand tu y penses c’est pourtant plutôt logique. Par exemple il y a une paire avec le verbe chercher et le verbe trouver. Et quand tu y penses, cette action, c’est presque la même sauf qu’il y a l’action en cours et l’action terminée.

Après c’est vraiment compliqué” mais  petit à petit , quand on prend le temps de s’y intéresser, ça prend du sens. Ce qui est aussi compliqué, c’est que tu peux comprendre mais appliquer, c’est autre chose !

Anne- Lise : Ca rejoint ce que tu disais : Une langue ça va avec la culture, un système de pensées, une manière de voir le monde et c’est ça qu’il faut aussi arriver à s’approprier.

Alex : Oui complètement et quand tu comprends ca, tu as tout gagné !

Anne- Lise : C’est vrai ! Moi pour l’allemand c’était pareil. Quand tu comprends la logique de la langue allemand, c’est génial car tout s’éclaire. C’est fou!

Alex : Tu te souviens comment tu as eu le déclic pour comprendre la logique ?

Anne- Lise : Je pense que c’est petit à petit. Après un vrai gros déclic, j’en ai eu vraiment un assez tard, en master quand j’ai compris tous les mécanismes linguistiques qui avaient amené les règles de grammaire.

Alex : Pour ceux qui nous écoutent, cela ne veut pas dire qu’il faut des années pour comprendre la logique d’une langue mais c’est clair qu’avoir un déclic aide.. Avec du travail régulier, on peut y arriver petit à petit.

Anne- Lise : Oui c’est sur! J’essaie, à travers ce que j’enseigne et transmets, de faire en sorte que ce déclic arrive beaucoup plus tôt chez mes élèves.

Est ce que ducoup tu as le projet d’apprendre d’autres langues ou tu t’arrêtes la pour l’instant ?

Alex : Pour l’instant, je vais me concentrer sur le russe.

Pour rester ici j’ai besoin du meilleur niveau possible. Après, je suis intéressé par tellement de langues que c’est difficile d’en choisir une. J’aimerais bien découvrir des choses complètement nouvelles. Le hongrois m’intéresse car c’est vraiment l’intrus dans la famille des langues européennes donc c’est très intéressant d’un point de vue linguistique. Le japonais aussi m’intéresse, le polonais qui fait partie de la famille des langues slaves et donc en connaissant le russe ce serait plus facile. J’aimerais bien apprendre toutes les langues mais je n’ai pas le temps ! Donc pour l’instant, c’est le russe, le russe, le russe.

Anne- Lise : J’ai juste deux questions que j’aime bien poser à la fin :

  • Quels sont pour toi les 3 plus gros avantages de parler une langue étrangère ?

Alex :

  1. Comprendre un autre système de pensées. Par exemple le sens des mots en français n’est pas universel. Apprendre à faire ce qu’on connaît d’une manière différente, ça ouvre les yeux, c’est une autre façon de voir le monde. Comme par exemple l’hébreu qui se lit de droite à gauche, ça change la perception dont les natifs de cette langue perçoivent les choses. Par exemple, ils vont regarder une image en voyant la droite en premier.
  2. Faire des rencontres : rencontrer des tas de gens différents. Rien qu’en apprenant l’anglais, il y a des tas de gens à qui on peut parler. Ca connecte instantanément avec un tas de gens ! C’est génial car c’est du lien humain.
  3. Découvrir une culture : Tout un tas d’oeuvres auxquelles on n’a pas accès avec seulement le français. Il n’y a en plus rien de plus enrichissant qu’une version originale !

Et donc pour finir, si tu avais seulement 2 conseils à donner à une personne qui est en train d’apprendre une langue ?

  • Clarifier ses objectifs pour avoir une vision à long terme en se posant la question suivante : Quelle version de moi même je vais être si j’apprends cette langue ?  Qu’est ce que je vais accomplir avec celle ci?

Cela bien sur en travaillant régulièrement pour se donner les moyens d’atteindre ses objectifs !

  • Avoir la bonne approche. Ne pas se fier aux on-dit sinon vous n’allez pas faire grand chose !

Et ayez en confiance en vous : Une langue étrangère vous demande de la confiance et vous en fait gagner en même temps.

Anne- Lise :  Merci Alex ! Je crois qu’on a peu près la même vision des choses donc c’est cool !

Alex : Merci à toi de m’avoir invité !

J’espère que ce témoignage vous a plu ! Dites moi dans les commentaires ce que vous inspire cela et si vous avez d’autres questions à poser à Alex.

Si vous aimez les podcasts, vous pouvez retrouver tous les autres sur Apple podcast et Spotify.

Retrouvez ici notamment l’interview d’Isabelle Barth, spécialiste du plurilinguisme et ici le témoignage de Géraldine qui a grandit avec deux langues dès la naissance..

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8 commentaires

  • Valentine

    Merci pour cette interview très riche. Il est vrai que l’apprentissage d’une langue est souvent bien plus que le simple apprentissage d’une façon de communiquer. La langue ouvre les portes d’une autre culture, avec des concepts, des idées, des présupposés parfois totalement absents de notre propre culture. C’est la magie de l’ouverture à l’international : la richesse humaine et philosophique, conceptuelle que l’on peut en tirer.

  • Severine

    Géniale cette interview ! J’adore le défi d’Akex d’apprendre le portugais en 30 jours… Au moins pour se débrouiller sur place.
    Et je suis complètement d’accord avec les bénéfices que l’on trouve à parler d’autres langues. Une très chouette conversation. Merci à tous les deux !

  • Jung

    Bravo Anne-Lise pour cette superbe interview !
    Je profite justement de ma nouvelle liberté pour me mettre à apprendre de nouvelles langues.
    C’est tellement excitant de découvrir une langue étrangère. C’est une porte qui s’ouvre sur une nouvelle culture. Tellement passionnant ^^

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